Bruno Jeanbart, Directeur général adjoint d’Opinionway, tenait une conférence le 28 mai 2019 sur les enseignements électoraux à tirer des élections européennes du 26 mai 2019

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Bruno Jeanbart commence par préciser que jusqu’alors, les résultats des élections européennes ne se sont pas retraduits dans les élections nationales suivantes.

Les élections européennes sont en effet des élections particulières, qui se distinguent des élections nationales pour plusieurs raisons. D’une part, le mode de scrutin à la proportionnelle est méconnu des français. Le mode de scrutin quasi exclusif en France est le scrutin majoritaire. Les élections européennes constituent le seul moment de dispersion des votes pour les Français, ce qui se traduit par une profusion de listes et modifie la manière dont les électeurs vont voter. Pour cette raison, les résultats de l’élection européenne sont difficiles à projeter concernant une future élection nationale à scrutin majoritaire car le comportement des électeurs sera amené à changer.

De plus, les élections européennes se caractérisent par un choix de vote très tardif. 44 % des électeurs ont fait leur choix de vote le jour même de l’élection ou quelques jours avant. Ainsi, selon Bruno Jeanbart, lorsqu’un vote se décide au dernier moment, celui-ci n’a pas le même sens, pas la même nature et pas la même capacité à perdurer dans le temps et de se reproduire dans les élections qui suivent, contrairement aux élections présidentielles par exemple, pour lesquelles la décision de vote se fait en amont.

Facteurs idéologiques et politiques

S’agissant de la répartition des électorats, Bruno Jeanbart explique que depuis 2017, les deux forces politiques de stabilité qui se sont imposées dans le paysage politique français sont La République En Marche et le Rassemblement National. Cela s’explique par leur capacité à reconduire leur électorat de 2017. Quant au parti Les Républicains, les chiffres collectés par Opinionway démontrent que 33 % des électeurs de François Fillon à la présidentielle de 2017 ont voté Les Républicains quand 85 % des électeurs de Marine Le Pen ont voté en faveur de la liste Rassemblement National aux élections européennes de 2019. Par ailleurs, parmi les électeurs de François Fillon en 2017, il est estimé que 20 % d’entre eux ont voté Rassemblement National et 32 % ont voté La République En Marche. Cela marque un départ vers la gauche et vers la droite de l’électorat Les Républicains.

Selon Bruno Jeanbart, ce score ne s’explique pas tant par la ligne politique tenue par la liste Les Républicains ou encore à la personnalité de sa tête de liste que par le positionnement des Républicains par rapport à La République En Marche et à la dramatisation du vote utile en fin d’élection. Selon Bruno Jeanbart, l’une des faiblesse des Républicains se situe dans le nombre de ses électeurs satisfaits par les actions menées par le Président de la République et le Gouvernement.

En effet, selon les chiffres recueillis à l’issue des élections européennes, 40 % de l’électorat de François Fillon en 2017 s’estime satisfait de l’action d’Emmanuel Macron contre 27 % des Français. Ainsi, le clivage Macron/Le Pen s’est invité chez l’électorat des Républicains, de telle manière que les électeurs Les Républicains séduits pas les mesures du Président de la République ont voté en faveur de la liste La République En Marche et ceux opposés aux actions du Président de la République, ont voté en faveur du Rassemblement National. Le vote en faveur de la liste La République en Marche par les électeurs de François Fillon en 2017 s’explique par la convergence des deux lignes politiques et matière de politique économique et sociale. Selon Bruno Jeanbart, Les Républicains devraient affirmer leur soutien aux politiques menées par la majorité lorsque celles-ci vont dans le sens des actions que ces deux partis défendent, bien qu’en agissant ainsi, Les Républicains, parti d’opposition, seront moins à même de se différencier du pouvoir.

Facteur générationnel

Par ailleurs, le départ d’une partie de l’électorat des plus de 65 ans explique également ce score. En 2017, 40 % des plus de 65 ans avaient voté en faveur de François Fillon à l’élection présidentielle. Cependant, Les Républicains ne rassemblent que 13 % des électeurs de plus de 65 ans aux élections européennes de 2019 quand La République En Marche a rassemblé 24 % des électeurs de plus de 65 ans. Cela marque la droitisation de l’électorat de La République en Marche et explique une nouvelle fois les difficultés auxquelles sont confrontés Les Républicains.

Par ailleurs, les chiffres montrent aussi que dans le positionnement quant au soutien ou non affiché au mouvement des gilets jaunes, l’électorat de droite se trouve sur la même ligne que celle de La République En Marche. Ce mouvement explique également la cristallisation du débat de tel sorte que les électeurs en faveur du mouvement se sont exprimés à travers un vote de protestation en faveur du Rassemblement national quand ceux qui y sont opposé ont marqué leur soutien au gouvernement en votant en faveur de La République En Marche. Ainsi, Bruno Jeanbart note que le manque de visibilité des Républicains dans ce débat explique une nouvelle fois son score aux récentes élections européennes.

Ainsi, selon Bruno Jeanbart, le score des Républicains aux dernières élections européennes s’explique à la fois par la cristallisation du débat entre le Rassemblement National et La République En Marche mais également par les réformes économiques conduites par le gouvernement et qui ont su séduire l’électorat de droite associé au mutisme de Les Républicains sur ces sujets. Ainsi, selon l’intervenant, il s’agirait pour Les Républicains de choisir entre accepter de soutenir que certaines actions mises en place par la majorité actuelle vont dans le bon sens bien que cela soit difficile pour un parti d’opposition. L’autre possibilité est de chercher l’électorat du Rassemblement national mais de manière complémentaire, par exemple sur les thèmes relatifs au travail, au mérite ou à l’immigration. Mais cela peut s’avérer difficile s’agissant de la dimension protestataire du vote Rassemblement National, peu à même de constituer un parti de gouvernement aux yeux des électeurs.

Quant aux prochaines élections, il semblerait qu’elles soient favorables à la droite, toujours selon Bruno Jeanbart. Concernant les municipales, de nombreux candidats sortants sont affichés à droite, quant aux départementales, il existe déjà une bonne implantation des élus de droite dans les territoires et enfin, s’agissant des régionales, le second tour des élections conduira les partis en tête à conclure des alliances, ce que Les Républicains sont plus à même de faire que La République En Marche ou le Rassemblement National par exemple.

Il semblerait alors que la défense des territoires et la prise en compte des enjeux dans les provinces soient une clé pour le futur du parti Les Républicains. En effet, l’une des faiblesse du pouvoir actuel est son absence d’implantation dans les territoires ainsi que l’absence de relais entre le pouvoir et les territoires. Par conséquent, si Les Républicains sont capables d’apporter une offre politique susceptible de satisfaire les provinces ainsi que les grandes agglomérations, ceci peut constituer une force pour le parti.