Le mercredi 15 mai 2019, Les Hussards ont auditionné Patrick Martin, Président délégué du MEDEF, sur la baisse de la dépense publique, la fiscalité en France et les mesures à mettre en place pour faciliter  la création d’emplois et la vie des entreprises.

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Au début de son exposé, M. Martin a présenté le MEDEF, rappelant que cette organisation patronale rassemble non seulement les grandes entreprises françaises, mais également et principalement de nombreuses PME et TPE. En effet, il a estimé que le travail du MEDEF vise en premier lieu à renforcer la position de ces dernières. Il a ensuite rappelé que le MEDEF était présent sur tout le territoire français par son réseau de 122 implantations territoriales et qu’une réforme récente de la gouvernance du MEDEF allait encore renforcer la représentation des territoires.

Quant aux idées et au positionnement philosophique du MEDEF, M. Martin a affirmé que celui-ci était à la fois constant, dans sa défense d’un « libéralisme raisonné », et en évolution, dans sa prise en compte de nouveaux enjeux sociétaux. Ainsi, la nouvelle raison d’être « agir ensemble pour une croissance responsable » exprime l’engagement renouvelé et renforcé des entreprises françaises pour une responsabilité sociale, engagement qui a par ailleurs une longue tradition dans l’entrepreneuriat français. Le fait que de nombreuses entreprises n’aient pas délocalisé leur production, malgré des coûts de production très élevés, témoigne de leur enracinement au territoire français et à une adhésion à un libéralisme porteur de sens.

Cet engagement répond, par ailleurs, à une demande de la part des nouvelles générations, y compris les jeunes les plus diplômés. Face aux difficultés de recrutement des entreprises françaises, il s’agit donc de développer l’engagement social et sociétal de l’organisation.

Par  la suite, Patrick Martin a tenu à souligner le rôle des entreprises dans le création de richesses de la nation, citant l’étude récente sur le partage des revenus dans les CAC 40 par l’Institut Molinari et repris dans l’Opinion.

Interrogé sur les dépenses publiques, et sur le positionnement du MEDEF sur ce sujet, M. Martin a constaté que l’inquiétude du MEDEF ne portait pas en premier lieu sur le niveau des prélèvements obligatoires en France, mais davantage sur l’efficacité de la dépense publique. Car la hausse de la dette, les déficits récurrents, la faible performance du système éducatif et du marché de travail mettent en doute cette efficacité.       

Néanmoins, le MEDEF, a-t-il affirmé, est favorable à une baisse du niveau des prélèvements obligatoires dans la mesure où ceux-ci nuisent à la compétitivité internationale des entreprises françaises.

Patrick Martin a rappelé que la part majeure des dépenses publiques provient des dépenses sociales et qu’il y a beaucoup d’attentes, au sein du MEDEF, quant aux réformes de l’assurance chômage (environ 37 Md€ par an) et des retraites (environ 310 Md€ par an).

Entrant dans le détail, il a diagnostiqué en véritable problème de structure de la fiscalité française. Il a expliqué que le combat du MEDEF porte principalement sur l’urgence d’une baisse des impôts de production. Cela a donné lieu à un échange avec les participants et parlementaires présents dont Nicolas Forissier, Jean-Louis Thieriot, Constance Le Grip ou bien encore Claude Goasguen, sur la question de l’impact d’une suppression des impôts de production sur le financement des collectivités territoriales qui en sont les premières bénéficiaires.

Ces impôts locaux, à la hauteur de 43 Md€, augmentent les coûts de production et ne cessent, par ailleurs, de croître plus rapidement que la production des entreprises. Il a notamment critiqué la Cotisation foncière des entreprises (CFE), dont la MEDEF souhaite la suppression comme il l’a exprimé dans la cadre de la publication de ses 43 propositions formulées à l’occasion du Grand Débat national.

Patrick Martin a également fait part d’inquiétudes quant aux discussions sur le versement transport dans le cadre du projet de loi sur les mobilités actuellement débattu au Parlement. A ce titre, il a déploré qu’en province, les entreprises financent souvent une grande partie des transports en commun de proximité, alors que seule une petite minorité de leurs salariés les empruntent pour leurs trajets quotidiens.

Revenant au sujet des dépenses publiques, le président délégué du MEDEF s’est exprimé en faveur d’une décentralisation plus ambitieuse et plus cohérente, avec une simplification des structures administratives et une meilleure clarification des responsabilités de différents échelons.

Cela a donné lieu à un vif débat sur les obstacles à une décentralisation réussie, notamment dans la mesure où l’Etat a tendance à garder ces fonctionnaires lorsqu’il donne des compétences aux collectivités territoriales, avec pour conséquence une augmentation du nombre de fonctionnaires et ainsi des dépenses publiques. Tous les participants à la discussion ont exprimé leur accord sur la nécessité d’une simplification et d’une uniformisation des statuts des titulaires (ainsi qu’à une évolution vers la suppression du statut de la fonction publique territoriale), afin de rendre la fonction publique, et notamment la gestion des effectifs, moins rigide et plus efficace. Dans la même logique, Patrick Martin a également revendiqué une rationalisation des services déconcentrés de l’Etat, car il y avait encore beaucoup des chevauchements de compétences et une multitude de guichets.

Interrogé sur l’échelon régional et leur rôle dans les politiques de développement économique, M. Martin a estimé qu’il s’agissait du bon échelon pour ces politiques, mais que certains découpages  récents paraissent absurdes et ingérables, notamment la région « Grand Est ». Il a aussi reconnu le travail des Pôles Emplois régionaux et souhaite un renforcement de l’engagement des régions dans le domaine de l’apprentissage. Il a toutefois exprimé des doutes quant au transfert de responsabilités des chambres de commerces aux régions, parlant d’une réforme « sensée, mais mal conduite ». 

Dans la continuité des discussions sur les dépenses publiques et la qualité des services, le MEDEF soutient la mise en concurrence et/ou de la privatisation de certains services, citant l’exemple des améliorations de qualité considérables des TER allemands à la suite de l’ouverture à la concurrence de leurs lignes. Quant aux développements institutionnels récents allant dans le sens d’une démocratie participative, notamment dans le contexte du débat sur la privatisation du Groupe ADP, il a exprimé son inquiétude sur les pouvoirs attribués, par exemple, aux citoyens choisis par tirage au sort qui siégeraient dans le CESE, et qui disposeraient d’une quasi-initiative législative, sans mandat, ni qualification professionnelle.

La discussion s’est ensuite prolongée sur les nouvelles formes de participations au débat public et Patrick Martin a expliqué que les ONG étaient devenues des interlocuteurs souvent plus importants que les organisations syndicales – grâce à leur plus grande mobilité, des positions souvent mieux argumentées et moins corporatistes, mais aussi grâce à leur forte capacité de communication et de mobilisation. Des ONG comme le WWF sont devenus des interlocuteurs de plus en plus ouverts. Quant au financement des syndicats, il a affirmé qu’il faudrait aboutir à un système de financement par cotisations.

Interrogé sur les niches fiscales que le Gouvernement envisage de supprimer, M. Martin s’est inquiété de la suppression de la niche fiscale pour le gazole non-routier, qui aurait un impact considérable sur de nombreuses industries, par exemple sur les ports maritimes, confrontés à une forte concurrence internationale.