Michel Didier, président de l’Institut COE Rexecode était l’invité des Hussards, le mardi 19 février 2019, pour évoquer la question de la baisse des dépenses publiques et plus particulièrement, la comparaison entre la France et l’Allemagne dans ce domaine.

 

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Les dépenses publiques n’ont cessé d’augmenter au cours des dernières décennies en France. Seul un léger ralentissement a pu être constaté ces dernières années.

S’appuyant sur des données pour l’année 2016, il a notamment comparé les montants des dépenses publiques et le PIB entre la France et l’Allemagne. Un élément clé de son analyse a été que, d’un point de vue macroéconomique, il était nécessaire de comparer les poids respectifs des dépenses publiques par rapport au PIB, car le PIB français était 29,2 % plus bas que le PIB allemand :

Année 2016

FranceAllemagneDifférence en %

Dépenses publiques

 1.261 Md €1.382 Md €-8,2 %
PIB2.229 Md €3.144 Md €

-29,2 %

Ratio dépenses publiques / PIB56,6 %

44,0 %

Pour atteindre le même poids des dépenses publiques que l’Allemagne rapport à son PIB, la France devrait donc avoir ses dépenses publiques inférieure de 280 Md d’€.

Michel Didier a rappelé que la population française était moins importante de 18,2 % que la population de l’Allemagne.

Comparant les mêmes chiffres, mais divisés par le nombre d’habitants, M. Didier a conclu que l’écart entre les deux pays s’expliquait pour moitié par le plus grand PIB allemand et pour moitié par le taux de dépenses plus élevé par habitant – il y aurait donc à la fois un effet PIB et un effet fiscalité.

Année 2016

FranceAllemagneDifférence en %

Dépenses/habitant

 18.857€16.787€+12,3 %
PIB/habitant33.332€38.180€

-12,7 %

Ratio56,6 %

44,0 %

Afin d’améliorer la situation de la France, il faudrait donc à la fois réduire la dépense publique, et ce de manière intelligente, à contrario de la technique du coup de rabot, et augmenter le PIB, ce qui a déjà été fait par l’Allemagne et la Suède. Michel Didier a exprimé ses doutes quant à l’idée que la croissance, seule, pourrait résoudre le problème actuel des déficits et d’un excès de dépenses publiques par habitant mais a insisté sur l’idée que la France avait, ces dernières années, connu une trop faible croissance économique et que l’un des leviers, pour améliorer notre ration de dépenses publiques, serait une plus forte croissance économique.

Le Président de Rexecode, a également montré que l’écart des poids respectifs des dépenses publiques entre la France et l’Allemagne avait doublé entre 1996 et 2016, d’abord au début des années 2000 (moment de réformes économiques importantes en Allemagne), puis surtout avec la crise financière et la récession que celle-ci avait entraînée.

Il a également montré que l’écart entre le PIB par habitant des deux pays ne s’était fortement creusé qu’à partir de la crise de 2007. Les exportations françaises avaient commencé à décliner (comme en Italie d’ailleurs), tandis que celles-ci étaient restées stables en Allemagne (et aux Pays-Bas) avant d’augmenter dans les années suivantes. Cela s’expliquerait par des taux de marge plus grands en Allemagne et dans une moindre mesure par une faible compétitivité-prix en France. Le résultat de ces taux de marge plus faible et de cette plus faible compétitivité prix est le phénomène de désindustrialisation qui s’est accentué en France, au moment même où l’Allemagne engageait des réformes de structures majeures pour son économie et son droit du travail. D’autres facteurs ont été avancés, M. Didier a cité les réformes sur le temps de travail lancé avec la mise en oeuvre des 35H en France, mais aussi la taxation du capital ou le droit du travail en France.

Comparant les poids des dépenses publiques en France et en Allemagne par fonction, le président de Rexecode a montré que la France dépensait plus que l’Allemagne dans la quasi-totalité des domaines (avec l’exception de la recherche et de l’assistance). Les plus grands écarts existent dans les domaines des retraites (4 % de PIB de différence en plus en France) et des interventions économiques de l’Etat (+ 1.9 point de PIB en France ), tandis que dans les autres fonctions l’écart variait autour d’un point de PIB (ce qui équivaut tout de même à 20 Mds d’euros environ…).

Concernant la réflexion sur la réforme fiscale, Michel Didier a mis l’accent sur la nécessité de ne pas raisonner dans l’abstrait, mais de regarder chaque poste des dépenses publiques « sur le terrain ». Il a ainsi expliqué que des économies pensées de manière systématiques ne sont pas souhaitables car chaque fonction a ses spécificités propres. Le président de Rexecode a montré que pour certaines dépenses publiques « ciblées », c’est moins la dépense par habitant que la taille de la population cible qui compte. Trois catégories de dépenses sont dans ce cas, l’éducation, la famille et les dépenses de retraites. L’écart dans les dépenses pour l’éducation, par exemple, s’expliquerait en partie par le fait qu’il y ait 4 millions de jeunes de plus en France qu’ne Allemagne. En revanche, l’argument souvent fait par les enseignants, selon lequel les enseignants français sont mal payés, comparé à leurs homologues allemands, ignore l’écart de PIB/habitant entre les deux pays.

Le principal vecteur de baisse de la dépense publique, selon Michel Didier, reste les retraites. Pour faire baisser les dépenses pour les retraites, il n’y a que deux solutions, consistant soit à réduire le niveau des retraites, ce qui aurait des conséquences politiques potentiellement dangereuses, comme en témoignent les manifestations des gilets jaunes, soit l’augmentation de la durée ou du temps de travail.

La contestation de la politique du Gouvernement est intervenue à la suite d’une tripe baisse du pouvoir d’achat pour les retraités (hausse de la CSG, désindexation des retraites puis hausse du prix des carburants qui a servi de détonateur). Si l’on écarte l’hypothèse d’une baisse des pensions, la bonne solution consisterait donc à augmenter la durée d’activité, en expliquant aux retraités qu’il a un arbitrage à faire et que cela est nécessaire pour maintenir leur niveau de retraites. Michel Didier a montré que cette solution serait la plus bénéfique car elle permet à la fois de diminuer le poids des dépenses de retraite, de garantir le pouvoir d’achat des retraités et enfin de favoriser la croissance du PIB. Si elle est effectivement mise en place, cette solution devra être accompagnée de mesures favorisant l’employabilité des seniors.

Évoquant par la suite, la question du pouvoir d’achat et de la croissance économique française, M. Didier a rappelé que depuis 2011, le pouvoir d’achat réel par ménages avait stagné, voire baissé légèrement, car la croissance du PIB avait été accompagné par une augmentation proportionnelle du nombre de ménages. Les familles monoparentales dont on parle si souvent dans le débat public sont ici clairement représentées et expliquent une partie de cette stagnation du pouvoir d’achat par ménage.

Concernant la réduction des dépenses publiques, Michel Didier a indiqué que la méthode devait passer par une identification des dépenses inefficaces et des doublons dans les services publics, mais que cette identification était souvent rendue difficile par le manque de coopération de l’administration fiscale. A titre d’exemple concret, Michel Didier a cité l’exemple de la politique du logement qui coûte très cher aux finances publiques, donc l’efficacité en cesse d’être remise en cause et pour laquelle aucune réforme structurelle n’a été menée, rappelant qu’une fois encore, on a usé du coup de rabot et non de la redéfinition de cette politique.

Le Président de Rexecode a enfin rappelé la nécessité de débloquer le capital et cela sans employer de mesures coercitives. Il a expliqué que l’allongement de la durée vie avait pour conséquence de favoriser l’accumulation de capital mais de bloquer sa circulation. Il a ainsi plaidé pour la transmission de capital aux générations suivantes par des mesures de simplification et d’allègement de la fiscalité sur les successions mais sur les donations en particulier. Le fait d’avoir aligné la taxation des donations sur celle de l’héritage a pour conséquence de freiner lourdement la partition du capital et par voie de conséquence l’investissement des ménages comme celui des entreprises. Michel Didier a conclu son intervention sur ce sujet en invitant à ne pas revenir sur les réformes faites au début du quinquennat d’Emmanuel Macron dans ce domaine.

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Retrouvez la présentation de Michel Didier, président de l’Institut COE Rexecode :

Audition Assemblée Nationale 19-02-2019 (4)