Synthèse du livre, L’école de demain, par Jean-Michel Blanquer

Pour le ministre de l’Education tout est une question d’équilibre. Il faut à travers 3 piliers que sont l’expérience, la comparaison internationale et la science faire émerger un système stable qui sache allier la rigueur et la modernité pédagogique. Il faut également trouver l’équilibre entre un monde de plus en plus technologique et la nécessité d’une éducation qui soit humaine. Pour Jean-Michel Blanquer, cette volonté de réforme et de stabilité du système éducatif a pour but final une éducation à la liberté non dans sa conception « consumériste et avilissante » mais pour « une liberté fondée sur le savoir ». Enfin, il insiste également sur l’importance de l’école dans la construction d’une grande nation unie. On ne saurait contredire une telle vision.

  • L’école maternelle

La priorité doit être mise sur le langage. En effet, celui-ci est le marqueur le plus rapide et le plus frappant des différences entre les enfants issus de milieux défavorisés et les autres. Ce décalage s’observe dès 2 ans et l’acquisition des premiers mots.

L’expérience nous enseigne que mettre l’acquisition du langage au cœur de l’apprentissage de maternelle permettrait une amélioration moyenne du niveau à l’entrée en CP. Les comparaisons internationales nous montrent que l’élément le plus important pour le développement des enfants est la qualité et la formation du personnel d’encadrement. Ces études montrent que la France est le pays de l’OCDE où le milieu social influe le plus sur les résultats scolaires. Il semble aujourd’hui nécessaire de revenir aux fondamentaux que sont le langage, la lecture et la numératie.

Les expérimentations montrent que la stimulation cognitive est plus efficace sur les très jeunes enfants. Ainsi, alors que le budget du primaire est de 29 % inférieur à la moyenne européenne, les énormes dépenses qui sont engagées au collège et au lycée ne sont pas efficaces. Il faut intervenir tôt avec plus de moyens financiers. Une étude de James Heckman a ainsi cherché à montrer qu’un euro dépensé efficacement pour un très jeune enfant permet d’en économiser 8 plus tard.

Mesures clefs pour l’école maternelle

  1. Donner la priorité absolue à l’immersion langagière en maternelle et en faire une priorité politique nationale.
  2. Diffuser des techniques pédagogiques qui ont fait leurs preuves, inspirées directement par la recherche et fondées sur les meilleures expériences internationales.
  3. Créer, au sein de la formation initiale, un certificat d’enseignement en maternelle. Ce certificat sera également proposé en formation continue.
  4. Introduire dans la formation initiale des professeurs un trimestre consacré aux méthodes d’immersion langagière, suivi d’un stage d’application en maternelle. Les étudiants qui se destinent à l’enseignement effectueront ces stages prioritairement en REP + en REP.
  5. Définir les indicateurs et élaborer les dispositifs de diagnostic précoce pour distinguer les problématiques qui relèvent de la médecine et celles qui relèvent de la difficulté scolaire.
  6. Renforcer la présence des arts à l’école maternelle au service du développement de la sensibilité et de l’expression orale.
  7. Diviser par deux la taille des classes à l’école maternelle, prioritairement en REP + puis en REP.

  • L’école élémentaire

La mission essentielle de l’école élémentaire est la maîtrise des savoirs fondamentaux selon J.M. Blanquer. L’exécution de cet objectif semble dépendre de la capacité des maitres à personnaliser l’enseignement. Il faudrait pour cela assurer au moins 26 heures de cours hebdomadaire.

La solution à la baisse du niveau de langage, d’orthographe et de grammaire passe (après l’immersion langagière en maternelle) par un travail de mémorisation, de répétition, d’étude des grands textes de notre patrimoine littéraire ou des contes… Les pays asiatiques obtiennent d’excellents résultats dans ce domaine. À Singapour, dès le CM1, un examen conduit à une différenciation en fonction des résultats dans des classes « standard » ou « foundation ». Cette méthode permet de spécialiser les enseignements en fonction des forces et lacunes des élèves.

Les études montrent que le meilleur outil pour contrebalancer les écarts, créés par l’origine sociale, est la qualification des professeurs et les pédagogies plus ou moins efficaces qu’ils mettent en œuvre. Les études faites par Stanislas Dehaene montre qu’il est possible de faire d’énormes progrès sans dépenses supplémentaires, par exemple en appliquant des méthodes plus adaptées aux mécanismes cognitifs comme l’enseignement explicite du code alphabétique et la progression rationnelle (du plus simple au plus compliqué) pour apprendre les syllabes.

Mesures clefs pour l’école élémentaire

  1. Assurer au moins 26 heures de cours effectives à tous les enfants, dont 20h consacrées aux savoirs fondamentaux.
  2. Accompagner les programmes existants d’un cadre pédagogique très précis afin de privilégier les pédagogies qui sont efficaces.
  3. Favoriser la production de ressources scolaires en fonction de critères scientifiques et les labelliser pour favoriser la réforme pédagogique.
  4. Bâtir un système d’évaluation robuste et transparent avec des systèmes d’indicateurs permettant de mesurer les performances des établissements et les acquis des élèves.
  5. Développer les stages de remise à niveau pendant l’été pour les élèves les plus fragiles.
  6. Assurer à tous les élèves un accompagnement véritablement personnalisé.
  7. S’appuyer sur des outils numériques efficaces, progressifs et adaptables à chaque élève pour lutter contre les difficultés et pour développer certains automatismes.
  8. Promouvoir toutes les initiatives en faveur de la lecture, et notamment la transmission des grands textes grâce à un grand programme national de lecture pendant les vacances.
  9. Favoriser l’affection des maîtres les plus expérimentés sur les niveaux cruciaux (grande section et CP).
  10. Faciliter les expériences permettant aux élèves d’avoir deux maitres (sciences et lettre –humanités) à partir du CM1 pour une meilleure transition avec le collège.

  • Le collège

Même si le collège passe pour être le « maillon faible » de notre système éducatif il faut se rendre compte que 80 % des décrocheurs sont en difficultés dès le CP. Il faut à cette période de la vie du jeune, trouver un juste équilibre entre la liberté qu’il faut laisser à l’enfant et la nécessaire autorité du maître sur l’élève.

Il est également nécessaire de donner au jeune dans cette période difficile qu’est l’adolescence un idéal aussi bien personnel que d’appartenance collective. Jean-Michel Blanquer considère donc que le collège est « un moment charnière pour la cohésion de la société française. »

Depuis la loi Haby de 1975, même si le collège unique a permis une scolarisation massive, il est à noter que le niveau général est de plus en plus inquiétant, notamment à travers ce chiffre : 28 % des élèves de troisième ont redoublé au moins une fois.

Le collège général forme les élèves à un parcours qu’ils ne suivront pas pour 1 élève sur 3 (apprentissage ou lycée professionnel). Pour pallier cet échec l’Education nationale a alterné entre trois stratégies : une différenciation dès le collège, une individualisation incluant un dispositif de soutien et d’approfondissement et la technique de l’interdisciplinarité. Malgré ces tentatives le constat reste le même : l’égalitarisme au détriment d’une réelle égalité empêche les élèves de se tirer vers le haut. L’uniformisation de l’enseignement scolaire provoque un nivellement par le bas. Il faut passer du collège unique au collège commun avec un socle commun de compétences minimum sans lequel on ne peut arrêter sa scolarité.

La comparaison internationale nous apprend qu’il y a deux grands modèles efficaces. En effet, les résultats de l’enquête PISA réalisée par l’OCDE nous montre l’efficacité du modèle asiatique d’une part et de celui du nord de l’Europe d’autre part. Shanghai, Singapour et Hong Kong monopolisent les premières places avec un système reposant sur l’apprentissage des fondamentaux, la répétition, la rigueur et l’effort. Quant au système des pays, tels que la Finlande, l’accent est davantage mis sur l’épanouissement personnel, le travail de groupe, la coopération, le consensus scolaire… Même si ce modèle semble un peu s’émousser, perdant plusieurs places entre 2009 et 2012, il reste encore aujourd’hui le modèle européen le plus performant. La continuité de leur formation entre 7 et 16 ans permet d’éviter le choc que peut être l’entrée au collège. En Allemagne plusieurs parcours adaptés aux différents profils des enfants sont proposés et mis en valeur, notamment la voie de l’apprentissage.

La science nous montre qu’avec le passage au collège, les liens entre les élèves et l’établissement se distendent en raison de la multiplication des professeurs et de l’accroissement de l’autonomie. Cette distance peut faire naître des problèmes disciplinaires. Face à cela des dispositifs, tels que « la mallette des parents », visent à inclure les parents dans la gestion des difficultés scolaires et obtient de très bons résultats.  La deuxième expérience qui a récolté un franc succès est celle des internats d’excellence avec un succès, non démenti depuis, quant aux taux d’intégration des élèves en classes préparatoires par la suite.

Mesures clefs pour le collège

  1. Assumer que le collège est la suite de l’école avec laquelle il constitue un tout. Instaurer une période d’intégration d’un mois à l’entrée en classe de sixième pour faire comprendre aux élèves et à leurs parents les enjeux de la scolarité au collège.
  2. Étendre le dispositif de la « mallette des parents » à tous les niveaux du collège pour que les familles comprennent, partagent et relaient les objectifs de l’établissement et ses attentes vis à vis des élèves.
  3. Introduire deux heures d’études dirigées obligatoires tous les jours après la classe.
  4. Faire évoluer la carte scolaire pour élargir le périmètre de choix offert à chaque élève.
  5. Fermer les collèges dont les résultats sont trop faibles.
  6. Définir un collège commun combinant un socle commun redessiné (avec un socle fondamental en français et en mathématique ainsi qu’un ensemble plus large) et des parcours personnalisés permettant l’expression des intelligences multiples et l’approfondissement des talents.
  7. Donner aux établissements l’autonomie en matière d’usage des volumes horaires, sur la base d’un projet partagé par toute la communauté éducative.
  8. Placer le professeur au cœur des processus d’orientation.
  9. Assurer un volume horaire minimal en français et en mathématiques (au moins 10 heures par semaine tout au long du collège.
  10. Laisser aux établissements la liberté de définir, dans une approche collective et sous la direction du chef d’établissement, des parcours de réussites ainsi que les objectifs associés.
  11. Soutenir les établissements dans l’élaboration d’une stratégie digitale permettant de faire évoluer l’organisation du temps de l’élève et les pratiques pédagogique.
  12. Mettre en place des groupes de compétences en français et en mathématiques, comme cela se pratique déjà en langues.
  13. Positionner le chef d’établissement en véritable responsable, à la tête d’une équipe rapprochée, composée de cinq à dix personnes, travaillant ensemble sur les problématiques de l’établissement.
  14. Transformer le concept d’inspection pour aller vers un travail d’audit de l’établissement mené par un groupe d’inspecteurs pédagogiques et d’administratifs formulant des recommandations sur les moyens à déployer afin d’atteindre les résultats définis et aidant l’équipe à les mettre en œuvre dans la durée.

  • Le lycée

Il faut que les établissements prennent en compte la diversité des futurs parcours des jeunes de cet âge-là et s’y adapter. Il faut que la conception de ces différents parcours se répercutent dans la formation qui est donnée au lycée. Après l’acquisition des fondamentaux le lycée se doit d’orienter de manière spécifique chaque jeune. Il faut les préparer aux défis de l’avenir, d’un monde en constante évolution. De ce point de vu, la création de la filière science et technologie de l’industrie et du développement durable témoigne de la volonté d’adaptation de l’éducation nationale.

On trouve cependant deux fois plus d’enfants issus de milieux aisés dans les filières générales que dans les filières professionnelles et technologiques. Il y a seulement 34 % des élèves des filières générales qui, en sortant du lycée, ont leur licence en 3 ans, ce chiffre tombe en dessous de 7 % pour les bacheliers technologiques et sous 4 % pour ceux sortant d’une filière professionnelle. Ainsi il faut que le lycée se transforme pour mieux former ses élèves pour le supérieur et surtout mieux les orienter en s’adaptant à chaque élève.

La Finlande mélange les classes d’âge (sur trois ans) avec un système de modules à valider dont certains sont obligatoires mais d’autres sont à la discrétion de l’élève. Ainsi cela lui permet d’approfondir ses points fort et de consolider ses faiblesses. La Suisse a un modèle très efficace qui s’appuie sur une collaboration étroite avec les entreprises et le milieu professionnel. Contrairement à la France, cette voie professionnelle est très valorisée et permet de trouver un travail dès la sortie du lycée avec un très bon niveau de rémunération.

Mesures clefs pour le lycée :

  1. Faire de la transmission des humanités du XXIème la finalité du lycée général avec deux filières ; Une filière scientifique d’une part et une filière littéraire et économique d’autres parts.
  2. Mettre en place des groupes de compétences pour permettre aux élèves de combler leur lacune ou d’approfondir les matières dans lesquels ils excellent.
  3. Organiser les lycées en réseau pour offrir un éventail d’options et les relier aux établissements d’enseignements supérieurs.
  4. Assumer que la voie professionnelle est une voie d’insertion professionnelle tournée vers les enjeux économiques de l’avenir, en particulier, le numérique, l’entreprenariat et l’artisanat.
  5. Faire du lycée un lieu d’innovation pédagogique ; organisation d’enseignement en amphithéâtre, cours en petit groupe, MOOC, etc.
  6. Appuyer l’évaluation des compétences en langue sur les grands textes internationaux (par exemple Cambridge).
  7. Développer, voire systématiser, le dispositif des cordées de la réussite et s’appuyer sur le numérique pour préparer au mieux les élèves aux enjeux de l’enseignement supérieur.
  8. Dans le même esprit que le collège, positionner le chef d’établissement en véritable responsable, à la tête d’une équipe rapprochée composée de cinq à dix personnes travaillant ensemble sur les problématiques et le fonctionnement de l’établissement.
  9. Envisager le transfert de la responsabilité des lycées professionnels aux régions pour ancrer les formations au plus près des besoins économiques territoriaux, donc en contact direct des pôles de compétitivité et des bassins d’emplois locaux.
  10. Organiser le lycée général et technologique selon un principe modulaire pour répondre aux ambitions spécifiques de chaque élève ?
  11. Repenser l’organisation du baccalauréat avec quatre matières en contrôle terminal et de l’évaluation en contrôle continu pour les autres.
  • La carrière des professeurs

Un bon professeur doit réunir trois qualités principales, c’est d’abord un spécialiste d’une ou plusieurs disciplines, qui a une maitrise parfaite de la langue française ainsi qu’une solide culture générale. Le bon professeur doit également porter une attention toute particulière à chacun des élèves, il doit être pédagogue et savoir reconnaître les qualités comme les faiblesses de chacun de ses élèves. Enfin le bon professeur connaît parfaitement son environnement. Il connaît les acteurs et enjeux de l’éducation, travaille en équipe pour répondre aux besoins de l’élève. Le problème est que le système de l’éducation nationale aujourd’hui repose sur l’ancienneté et non sur les qualités d’enseignement des professeurs.

L’expérience nous apprend que l’image du professeur anciennement glorifié s’est ternie. La baisse des salaires, les débuts en ZEP et le manque de reconnaissance sociale ont eu des conséquences. En 2015, dans l’université de Créteil il n’y a pas eu assez de professeurs admis pour les besoins de l’éducation. Il a donc été organisé un deuxième examen avec ceux qui avaient échoués auparavant. Ainsi nous pouvons voir les limites de ce système, qui va dans une des zones les plus compliquées, recruter les professeurs parmi les moins bien armés. Il y a donc un problème de niveau chez les professeurs.

L’autre chose que l’expérience démontre, c’est l’inadéquation du système avec la réalité. En effet, envoyer des jeunes professeurs inexpérimentés dans les zones les plus difficiles paraît totalement contreproductif. Le mérite, l’engagement et le talent n’ont pas d’influence sur les promotions, c’est l’ancienneté qui prime. Ce système est également et surtout néfaste pour les élèves puisqu’il n’adapte pas les professeurs aux difficultés de l’établissement.

La comparaison internationale nous enseigne que la France se trouve en dessous de la moyenne de l’OCDE pour les salaires de ses professeurs. L’entrée dans le métier des jeunes professeurs en Asie, par exemple à Singapour, se fait en plusieurs étapes. Pour commencer, ils assistent aux cours donnés par un professeur plus expérimenté et peuvent ainsi aider les élèves à se former eux-mêmes. En Allemagne, après la réussite du premier examen, l’étudiant devient professeur stagiaire pour une période allant jusqu’à 18 mois. Pendant cette période, il agit sous la tutelle d’un mentor et complète en parallèle sa formation théorique au studien seminar.

Un autre enjeu est le fonctionnement en équipe. En Suède, dans les obligations liées à leur service de professeur, se trouvent, en plus de l’enseignement, la rencontre des familles, la surveillance de pauses et surtout la participation à des groupes de travail avec les collègues de leur discipline. Enfin, il est intéressant de comparer l’organisation du temps de travail avec d’autres pays. Certains pays, comme le Canada, proposent une annualisation du temps de travail prenant en compte le temps de classe mais aussi les activités annexes comme les activités de coordinations pédagogique ou les tutorats.

Mesures clefs pour la carrière des professeurs :

  1. Mettre en place, pour les étudiants qui se destinent au métier de professeur, un dispositif d’imprégnation progressive et de compagnonnage sur le modèle des études de médecine permettant d’acquérir une connaissance du système éducatif et une expérience de l’enseignement.
  2. S’appuyer sur les étudiants en service dans l’école ou dans l’établissement pour remplacer instantanément un professeur absent. L’annualisation, voire une approche pluriannuelle, du temps de travail des professeurs permettra également d’apporter une réponse rapide à ce problème.
  3. Conforter l’agrégation et faire évoluer les CAPES et CRPE pour prendre en compte à la fois la qualité académique et la qualité éducative, attestée notamment par les expériences en école et en établissement au cours des études.
  4. Fixer à cinq ans la durée normale dans un établissement. Faire de cette période de cinq ans la durée normale d’exercice dans un poste pour toutes les fonctions de responsabilités de l’Éducation nationale (chef d’établissement, recruteur…), parfois renouvelable une fois.
  5. Favoriser le travail en équipe autour du chef de l’établissement en permettant aux professeurs l’accès à des fonctions de responsable de niveau et de responsable de discipline.
  6. Permettre aux chefs d’établissement de conserver quelques heures d’enseignement dans leur discipline d’origine.
  7. Autoriser l’affectation des professeurs des écoles en collège et inversement de professeur du secondaire dans les écoles.
  8. Inciter à la prise de responsabilité dans le système éducatif en décloisonnant les corps : faciliter l’accès des professeurs à des missions d’inspection, créer un corps unique IPR-chef d’établissement.
  9. Généraliser le recrutement sur profil par le chef d’établissement.
  10. Repenser la formation continue dans l’Éducation Nationale en misant sur le digital et en concentrant les actions sur les priorités du système éducatif ; l’acquisition du langage et l’apprentissage des savoirs fondamentaux.
  11. En REP+ d’abord puis dans l’éducation prioritaire, diviser par deux la taille de la classe et améliorer les conditions de logement, de vie et de salaire.
  12. Aller vers une annulation du temps de travail des professeurs pour mieux prendre la réalité et la diversité de leurs missions.
  13. Introduire des mécanismes de reconnaissance du mérite des professeurs pour la carrière et la rémunération.
  14. Favoriser les logiques de seconde carrière pour sortir et entrer dans l’éducation nationale.

  • L’organisation du système éducatif

L’objectif, selon J.M. Blanquer, est d’arrêter cette opposition stérile entre enseigner et administrer. Ces deux volets sont nécessaires, il faut donc créer un équilibre et de la confiance.

Le système français est trop rigide. Il est également illisible parce que les fonctions d’inspections sont particulièrement ambiguës et n’ont pas vraiment de répercussions réelles.  Il faut également en finir avec la centralisation, tout ne doit plus partir de la rue de Grenelle. Cela a été utile à un autre siècle pour généraliser l’éducation mais ce n’est pas adapté aux enjeux du XXIème siècle. Aujourd’hui il faut apporter des réponses diversifiées en fonction des territoires et des établissements. Depuis 1980, il y a eu un transfert de responsabilité matérielle des écoles aux communes, des collèges aux départements et des lycées aux régions. Cependant, la pédagogie reste centralisée. Même si la tendance va à la déconcentration il semble que dans l’inconscient collectif, l’autonomie provoquerait un affaiblissement du caractère national du système éducatif.

La comparaison internationale met en lumière le fait que la France est l’un des seuls pays à avoir opté pour une organisation centralisée. Il faut s’intéresser aux expériences internationales pour nourrir le principe de subsidiarité qui va guider la réflexion sur ce qu’il faut faire tout en conservant un cadre national. Au Québec, il existe 72 commissions scolaires qui constituent une sorte de gouvernement local, d’ailleurs élu et devant rendre des comptes aux citoyens. Ce qui permet une participation active des citoyens. Celles-ci répartissent les ressources à l’ensemble des établissements du territoire, s’assurent de la scolarisation de chacun, organisent et offrent des services à la communauté sur le plan culturel, social, sportif… Elles doivent rendre compte au ministre de l’éducation.

Parallèlement, aux États Unis se développent des charter school qui sont libres de définir leur propre charte, leur projet pédagogique et que l’Etat soutient à la hauteur des écoles publiques classiques. Ces écoles sont évaluées tous les trois à cinq ans et, si elles ne remplissent pas les objectifs fixés dans la charte, les autorités peuvent choisir de retirer le financement et l’agrément. Ainsi les principes fondateurs de ces écoles sont la liberté et l’autonomie.

L’histoire et les comparaisons nous montrent que la centralisation du système n’est efficace que lorsque celui-ci n’est pas très performant. Ainsi, lorsque le système éducatif est performant, il semble plus bénéfique de laisser des marges de manœuvres aux acteurs régionaux ou locaux. C’est en tous cas ce que tente de démontrer le cabinet McKinsey en 2010 dans son étude : « les clefs de l’amélioration continue des systèmes scolaires ». L’étude cite Singapour dans ce processus vertueux de solidarité croissante.

Mesures clefs pour la carrière des professeurs :

  1. Renforcer la notion de contrat dans le système éducatif
  2. Renforcer le pilotage pédagogique des écoles et veiller à la prise en charge de la grande section et du CP par les professeurs les plus expérimentés.
  3. Promouvoir la constitution d’une équipe autour du chef d’établissement en encourageant les professeurs à prendre des responsabilités. Le recrutement de cette équipe pourra se faire via des postes à profil.
  4. Alléger le travail d’enquête et de remontée du chef d’établissement pour lui permettre de se concentrer sur la mise en œuvre du projet et le travail avec les professeurs.
  5. Fixer à cinq ans, renouvelables une fois, la durée de la mission du chef d’établissement.
  6. Favoriser l’expérimentation dans les territoires ou les besoins sont les plus forts : par exemple créer des postes de directeur d’école à temps plein là ou la difficulté scolaire est la plus forte.
  7. Repenser profondément la logique de l’inspection : promouvoir une évaluation triennale de l’établissement, dans toutes les dimensions, par une équipe du rectorat. Cette évaluation débouche sur un contrat faisant l’objet d’un accompagnement régulier, notamment en cas de difficulté spécifique.
  8. Tendre vers une évaluation des professeurs par le chef d’établissement, avec l’appui d’experts disciplinaire.
  9. Rationaliser la carte des établissements en promouvant les fonctionnements en réseau.
  10. Faire émerger des circonscriptions de la scolarité obligatoire, correspondant aux actuelles circonscriptions des IEN ou aux bassins et permettant de dépasser la tension entre administration et pédagogie et la coupure école/collège.
  11. Repenser la carte de l’Éducation nationale en l’adossant à l’organisation territoriale de l’État avec treize rectorats métropolitains.

Conclusion :

Pour résumer son ouvrage, Jean-Michel Banquer indique qu’il faut une maternelle qui soit l’école du langage, un primaire qui apprenne à tous les élèves à lire, compter et écrire, un collège qui fortifie les fondamentaux et un lycée qui prépare réellement à l’insertion professionnelle ou aux études supérieures. Au service de ces objectifs, il faut une organisation qui donne priorité au principe de subsidiarité, en donnant du pouvoir aux chefs d’établissements et aux professeurs. Il parait urgent d’expérimenter une nouvelle organisation territoriale.

Il faut donner une nouvelle impulsion à l’école, installant une atmosphère de confiance entre l’institution et les professeurs, les parents et les professeurs et les élèves et les professeurs et finalement la confiance des élèves en eux-même.

« Nous devons concilier tradition et modernité, ce qui nous enracine et ce qui nous déploie, ce qui relie les êtres humains et ce qui permet la technologie. »